Correspondance:

A bon entendeur... salut !

* * *

Nous publions ici une mise au point concernant un échange de lettres entre notre organisation et le Courant Communiste International. C'est suite à une "adresse aux groupes politiques prolétariens" publiée par le CCI que nous avions proposé aux militants réellement soucieux des besoins des luttes prolétariennes, qu'ils soient membres du CCI ou non, certaines tâches élémentaires à assumer au sein de toute lutte ouvrière. Et c'est évidemment avec son habituel blabla pseudo-théorique que le CCI a, une fois de plus, tourné le dos aux tâches de toujours des communistes pour ne se concevoir que comme une "organisation de propagande et non (comme une) organisation pour l'action" (cf. notre brochure: "Rupture avec le CCI"). Et si cette désertion des tâches militantes par le CCI n'a rien de nouveau (puisque c'est l'une de ses bases programmatiques), l'utilisation fallacieuse que lui, comme d'autres groupes, ont fait de notre première lettre, a nécessité cette mise au point (*).

oOo

Citoyens,

A la suite de votre réponse, quelques précisions nous semblent nécessaires. Le but de cette correspondance n'est pas du tout d'entamer un débat, quel qu'il soit, avec le produit d'un "milieu révolutionnaire" qui ne fait que ressasser les mêmes inepties: ramener toutes les tâches des communistes à la discussion des idées et à leur propagation.

Le but de la première lettre était de faire certaines propositions de travail, non au CCI, mais aux personnes qui, au sein des luttes, ont une attitude militante et dont nous avons déjà pu percevoir la réelle préoccupation de développement de l'organisation et de la centralisation prolétariennes. Ils sont, dans ces rares cas, en contradiction totale avec l'idéologie social-démocrate que le CCI continue à véhiculer sous une phraséologie pseudo-marxiste révolutionnaire. C'est pourquoi il nous semble indispensable d'être ouverts et fraternels avec ces camarades, tout en maintenant notre attitude intransigeante et dénonciatrice face aux organisations qui n'ont en rien une attitude communiste.

En effet, jamais il nous a semblé nécessaire d'unir nos efforts divergents pour unir un "milieu révolutionnaire" nombriliste séparé de toute lutte ouvrière d'une part, et d'autre part, l'avant-garde communiste qui tend de toutes ses forces à la centralisation de ces luttes. Nous ne pouvons qu'abonder dans votre sens lorsque vous affirmez que la centralisation de tous les "clubs" disparates, tentée au siècle dernier au sein de l'AIT, est dépassée aujourd'hui. Toutefois, la base même de la conception est toujours valable: issue des luttes, l'avant-garde entre dans un processus d'unification et de centralisation toujours plus poussé et tend à dépasser l'hétérogénéité qui subsiste et qui constitue un frein à ce processus. Or, cette communauté de travail en formation, nous ne la créons pas: spontanée, nous entendons fermement en faire partie pour diriger cette spontanéité dans le sens de l'efficacité révolutionnaire, pour éviter la dispersion des énergies communistes.

Mais si la classe tend à se centraliser et si nous faisons partie de ce processus, ceci ne sous-entend nullement (contrairement à ce que laisserait croire certaines assertions à propos de Otto Ruhle) que les communistes doivent s'y dissoudre. Nos tâches consistent à toujours développer l'organisation et la centralisation la plus poussée dans le sens du communisme. En assumant toutes les tâches que la lutte nous impose, les révolutionnaires agissent de la seule manière qui soit possible pour dépasser l'hétérogénéité qui entrave le processus d'homogénéisation: la tendance à la centralisation unique, à la formation du parti. Nous assumons ces tâches par la participation active à la nécessaire organisation des communistes qui ne se différencie que par la compréhension globale qu'elle a des contradictions historiques.

Cette avant-garde a nécessairement, dès le départ, pour s'opposer à l'exploitation du capital, une pratique allant dans le sens du communisme et dont les principales caractéristiques sont énoncées dans notre Adresse parue dans Le Communiste No.7. Il ne s'agit pas de critères démarcatoires vis-à-vis des groupes avec qui nous voudrions travailler, mais des positions invariantes, imposées par la lutte elle-même et que tout groupe ou militant se situant sur le terrain de la lutte communiste est obligé de prendre.

De par ce fait qui découle de la compréhension du surgissement de la lutte révolutionnaire, notre lettre et nos propositions de travail s'adressent donc moins au rassemblement hétéroclite sans trop d'influence réelle sur les luttes (nous ne nous en plaignons pas, c'est une simple constatation) s'apparentant plus à un "courant" d'opinions comme il en existe tant, tel le CCI, qu'aux militants (dont certains encore membres du CCI) qui ont un réel souci de la lutte, que nous côtoyons parfois au sein de celle-ci et qui, pratiquement, sont en rupture avec votre non-pratique et votre idéologie démocrate et pacifiste.

Nous refusons catégoriquement votre conception du "milieu révolutionnaire" qui ne comprend que des organisations de bavards (CCI), euro-centristes (CCI, Battaglia, CWO,...) soit carrément de saboteurs des luttes au langage radical et nationaliste (PCI,...). Vous comprendrez que nous nous en excluons volontiers! Mais cette vision du "milieu" est cohérente avec votre conception de la lutte des classes qui reprend toutes les catégories bourgeoises que l'idéologie a réussi à imposer dans la société et dont la séparation entre politique et économie est la plus remarquable.

A preuve, votre interprétation de nos positions au travers de vos lunettes social-démocrates: dans ce que vous nous répondez la césure est complète et symptomatique. Lorsque nous mettons en avant l'activité des révolutionnaires, vous nous renvoyez la nécessité du travail politique, "la théorie". Pour nous l'activité est totale, le programme communiste se retrouve à tous les niveaux de concrétisation. Lorsque le prolétariat s'organise pour la lutte contre la bourgeoisie, le processus passe par de multiples niveaux de centralisation et d'organisation dont les communistes ne constituent qu'un niveau mais qui, du fait de la compréhension globale qu'ils en ont, est par nécessité, la direction. Lorsque le prolétariat commence à lutter, sa lutte est par définition totale, même si non exprimée ainsi, sous peine de tomber dans le réformisme et donc de courir à la défaite. Aussi, contre ce mouvement vers une centralisation unique, la bourgeoisie tente de diviser les forces, notamment en imposant l'idéologie (que vous cautionnez à fond) de la double centralisation: d'une part la "lutte économique" qui se centraliserait dans les syndicats ou soviets, "organisations de masse", et d'autre part, la "lutte politique" qui se centraliserait dans les "partis" qui, voués à la "politique", apporteraient la "conscience" aux masses.

La distinction entre organes politiques et unitaires du prolétariat que vous faites, la séparation social-démocrate entre deux centralisations distinctes du prolétariat (les conseils d'un côté, le parti de l'autre) sont autant de catégories produites d'une vision mécanique de la lutte de classes. Cette logique vulgaire vous mène au point de séparer la "pratique" de la "politique": "(...) rompant avec le processus de formation des organisations révolutionnaires sur base politique, l'IC, sous l'impulsion de Lénine, cherchera à fusionner le mouvement révolutionnaire par la 'pratique' au travers de la politique des fronts uniques syndicaux puis politiques" (un des multiples exemples de votre lettre, souligné par nous). Les séparations, les catégorisations, la partialisation des choses sont le propre de la vision bourgeoise de la réalité: cette méthode généralisée empêche la compréhension globale, réelle et historique du processus de constitution du prolétariat en classe. Et vous ne rompez jamais avec cette méthode: l'IC n'abandonne pas "la politique", elle abandonne la politique communiste. Toute sa pratique devient donc celle de la politique politicienne par essence bourgeoise, celle du parlementarisme, du frontisme, du nationalisme, etc.

Pour les communistes, la tendance à la centralisation unique du prolétariat dont les communistes sont la direction et ne sont donc pas exclus, ayant les mêmes intérêts et étant issus du même mouvement, est le processus du mouvement communiste lui-même, du prolétariat se constituant en classe et donc en parti. L'accent est porté ici sur l'homogénéité du mouvement communiste, contre l'hétérogénéité que sont les barrières bourgeoises et dont le dépassement se réalise au travers de la communauté de travail toujours plus programmatiquement exigeante.

C'est donc dans la concrétisation, dans le feu de la lutte, que se démarquent les militants en rupture avec toute l'idéologie pacifiste et politiciste qui marque votre "milieu". Contre ce "milieu", nous sommes sectaires. Mais nous sommes ouverts aux prolétaires en lutte contre la bourgeoisie. Nous croyons fermement que certains camarades du CCI se posent ce type de question dont l'intérêt est réel; que dans les luttes, ils ont une pratique en rupture avec votre idéologie. Et nous espérons ardemment qu'ils ne seront pas asphyxiés par le démocratisme et le pacifisme du CCI; c'est à ces camarades que s'adressent nos propositions.

Le G.C.I.

Note :

Cet échange de correspondance a été publié dans "Internationalisme" No.82, publication du CCI en Belgique, ce groupe ne considérant pas que d'autres que lui-même pourraient s'organiser au niveau international. C'est pourtant ce qui a été, dès l'origine du GCI, l'une de ses pratiques fondamentales, exprimée tant par nos sections en France, en Belgique, en Espagne, que par nos publications en portugais, en anglais, en arabe,... Le nombrilisme organisationnel du CCI n'est que l'image de son nombrilisme politique.

Le Communiste No.19